La guerre de cent ans

La sanglante chevauchée d'Édouard III

Le XIVe siècle voit dans notre région d'abord une grave crise frumentaire (c'est-à-dire relative à la distribution du blé) qui provoque des désordres.

Puis éclate ensuite la Guerre de Cent Ans avec ses séquelles : peste, brigandage, anarchie, guerre civile. Un des épisodes de cette guerre se situe à Ollainville et la croix du siège en marque approximativement l'emplacement.

Édouard III roi d'Angleterre qui est déjà venu guerroyer en France en 1346 récidive entre 1358 et 1360 pendant la captivité du roi de France Jean le Bon en Angleterre, après l'amnistie décrétée par le régent futur Charles V. Avec ses trois fils en 1360 il est dans notre région : six jours durant tout est incendié et dévasté entre Corbeil et Longjumeau, Arpajon et Montlhéry.

Après avoir pris Montlhéry et autres lieux circonvoisins, il vient camper à sept lieues de Paris, près de Bruyères (à l'époque Ollainville et La Roche n'étaient que des hameaux de Bruyères-le-Châtel).

Ce lieu de campement est indiqué par une croix, dont le sommet est environ à 4,50 m du sol, appelée la Croix du Siège, en souvenir du siège de Chastres (dénomination d'Arpajon jusqu'en 1720) et de Bruyères-le-Châtel.

1360 : neuf cents brûlés vifs !

C'est pendant ce campement que se situe un des plus horribles événements de cette guerre de cent ans : le général anglais Knolles (1317-1407) qui commandait les troupes d'Édouard III fit mettre le feu à l'église Saint Clément d'Arpajon (Chastres alors) où s'étaient réfugiés de nombreux habitants de cette cité. Neuf cents réfugiés périrent dans les flammes !

A la suite de cette expédition la région d'Ollainville eut beaucoup à souffrir des grandes compagnies qui, malgré le traité de Brétigny ne quittèrent la région qu'en 1365 laissant des villages saignés à blanc.

A partir de 1410 les malheurs reprennent avec la guerre civile et de nouveau l'occupation des Anglais alliés aux Bourguignons. La lourdeur de la fiscalité provoque hausse des prix et disette.

Les épidémies reviennent en 1418 et 1421, tandis que continuent les pillages.

Un répit s'annonce à partir de 1441 grâce à l'administration que mettent en place Charles VII le "bien servi" et Louis XI qui vient à bout des grands féodaux après la bataille de Montlhéry (1465) et la mort de Charles le Téméraire.

1462 : des villages dévastés.

Le seigneur de Bruyères Bohan Ier de la Rochette dans un aveu (1) de 1462 déclarant complètement détruits les villages de Baillot, Couard, Le Petit Ruot (le Petit Rué), La Verville (Verville), Repenty (Arpenty), St Maurice, Arvy (Arny), Loppigny, le Plessis-de-Bruyères, Mulleron qui comptait avant la guerre une centaine de feux. A Trou (plateau de Couard) dans la même seigneurie il n'y avait plus qu'un laboureur, à La Roche un ménage, à Ollainville six ménages, au Grand Ruot (Rué) deux ménages.
(Archives du Château de La Norville).

La Croix du Siège

La Croix du Siège en 1938
La Croix du Siège en 1938.

On ignore à quelle époque fut érigée cette croix.

On sait qu'elle était à l'origine située entre Ollainville et Bruyères et consécutive à la défaite des Anglais qui entre 1358 et 1360 assiégèrent Bruyères et commirent le massacre de l'église St Clément de Chastres.

Primitivement en bois, cette croix a été renouvelée et restaurée par M. Carré, Maire de Bruyères et bénite par M. Sudre, Curé de Bruyères à la procession de la Saint Marc le jeudi 26 avril 1844.

En 1954 cette croix fut remplacée par une croix en ciment et reculée de plusieurs mètres en vue d'un prochain élargissement de la route départementale 152.


Le haut de la croix porte l'inscription suivante "Anno 1954".

Sur son socle de grès on peut lire, sur une plaque, cette inscription : "Érigée en souvenir du Siège de Chastres par les Anglais en 1360.

La Croix du Siège a été restaurée à l'occasion de l'année mariale 1954".
C'est cette plaque, brisée par des inconnus en 1989, que M. Fontaine, Maire de Bruyères et M. Solovieff, Maire d'Ollainville, ont restaurée et rétablie le 27 janvier 1992.
Quelques arbustes, des thuyas encadrent une croix rénovée, en bois réalisée par les élèves de l'Établissement Régional d'Enseignement adapté d'Ollainville.

La Croix restaurée en 1954 a laissé la place en 1992
à une nouvelle croix identique à l'originale. >

La Croix restaurée en 1954

Les Caves du Plessis

Ce lieu-dit est parfois évoqué par les anciens d'Ollainville et correspond à des vestiges encore visibles de nos jours. Les promeneurs qui fréquentent la forêt départementale de la Roche Turpin peuvent s'amuser à en rechercher les traces. La principale se situe près d'une mare, à droite du chemin, approximativement orientée ouest-est qui va du parking principal de la forêt départementale au mur d'enceinte de l'autodrome de Linas-Marcoussis au bois des Biscornes (qui a laissé son nom à un virage du circuit routier).

Il s'agit des restes d'une margelle de puits aujourd'hui entièrement comblé mais dont l'historien R. Devevey a mesuré, après l'avoir débouché, une profondeur de 11 mètres en 1985. La margelle proprement dite a disparu peu de temps avant la guerre de 1914.

Au-delà du vallon qui enserre ce puits en se dirigeant vers la butte de la Roche-Turpin (une magnifique roche qui a donné son nom à ce lieu a été entièrement détruite par des carriers entre les années 1938 et 1940. En 1972 R. Devevey signalait que trois superbes houx marquaient encore son emplacement), à une trentaine de mètres l'on rencontre les ruines du hameau et de la chapelle Saint Thomas ; ce lieu se nomme depuis plus de deux siècles "Le Plessis-Saint-Thibaud", ou plus communément "Les Caves du Plessis". En 1972 Devevey décrivait ainsi ces ruines : "Quelques pans de muraille en grès, alignés du nord au sud sur une longueur de 15 mètres et soutenus par deux contreforts (vestiges de la chapelle). A l'angle N-O, il y avait une salle qui ne mesurait que deux mètres de largeur dans œuvre. Près de là, on aperçoit l'entrée d'une cave fort ancienne. Elle a 1,45 m de largeur et 10,50 m de longueur ; sa voûte ogivale s'élève à 1,90 m. Deux caveaux perpendiculaires et disposés en croix de lorraine se prolongent à droite et à gauche, sur une longueur qu'il nous a été impossible d'évaluer avec précision à cause de l'obscurité, mais qui ne paraît pas excéder trois mètres. Ces caves sont assez remarquables par leur construction.

Dans son "Histoire de Marcoussis" imprimée en 1867, Malte-Brun, le petit-fils du célèbre géographe, cite les Caves du Faÿs et du Plessis, en disant qu'elles ont été construites selon l'habitude du Xle siècle, en forme de Croix de Lorraine et qu'elles ont servi plus d'une fois de refuge aux familles du voisinage pendant les guerres qui désolèrent le pays.

Des caves semblables se trouvent au Château de Montlhéry ; sous deux maisons de Chevreuse ; à l'abbaye des Vaux-de-Cernay et à Coignères. Des sapins élancés plantés parmi ces ruines servaient de repères et permettaient de découvrir les caves sans trop de difficultés. En 1972 R. Devevey signale que ces arbres ont été abattus.

La Chapelle Saint Thomas

On peut dater l'origine de la chapelle Saint Thomas du Plessis.

En 1186, la chapelle Saint Thomas du Plessis, comme on l'appelait alors, est citée dans une bulle du pape Urbain III. Elle est désignée "du Pleisseiz".

Dans le cartulaire (2) de Saint Florent de Saumur (diverses églises de la région, Limours entre autres, appartenaient à cette abbaye) elle n'est pas mentionnée dans une charte de 1150 où sont citées par contre l'église Saint Didier et la Chapelle Sainte Marie. II n'est donc point encore question de la chapelle du Plessis, mais on trouve en 1185 qu'elle est confirmée à l'abbaye de Saint Florent.

Elle a donc été bâtie vraisemblablement entre 1150 et 1185 par Thomas II de Bruyère à la mémoire de son père qui l'avait souhaitée.

En 1450 dans un pouillé (3) il est dit expressément que cette chapelle avait été fondée par les seigneurs de Bruyères et que l'on possède les Lettres dans le Trésor de l'archevêché de Saumur. Dans le pouillé imprimé de 1626 on retrouve la même mention.

En 1201 Thomas de Bruyère fait connaître par lettre qu'il donne à la chapelle "Ce qu'il y a dans la dixme de bled de Brières (4) et 2 muids de vin de rente à Doleinville (Ollainville)".

1232 : ces dîmes donnèrent lieu à contestation et litige avec les proches templiers du Déluge (la côte et la ferme du déluge se trouvent sur la RD 3 à proximité du franchissement de la Francilienne).

Les Templiers entretenaient au Déluge (paroisse de Marcoussis), un officier principal de l'Ordre auquel on assignait ce domaine. II vivait avec des Frères servants de revenus de la terre, des dîmes ou cens qu'il percevait à Montlhéry, Chastres, Linas, Savigny et dans les alentours. Les droits féodaux s'enchevêtraient tellement les uns dans les autres qu'ils ne pouvaient guère s'exercer sans contestations. C'est ainsi qu'en 1232, il était intervenu un accord par devant l'Évêque de Paris entre l'officier du Déluge et le chapelain du Plessis-les-Bruyères un arrangement relatif aux dîmes de Briis-les-Forges auxquelles chacun d'eux prétendaient. (Malte-Brun, Hist. ale Marcoussy, 1867)

Le document de l'an 1232 précisait : "le chapelain de "Plesseiaco juxta Bruerias" jouissait avec les hoirs de Mulleron, plus le pourpris dans lequel est situé la maison du chapelain et à ce dernier 3 charges de bois à brûler chaque semaine à prendre dans le bois du Buisson".

Le 11 janvier 1638, on trouve trace d'une expédition de provisions à cette chapelle.
Le 22 novembre 1697 la messe était encore dite dans la chapelle du Plessis Saint Thibaud.

Le Plessis Saint Thibaud fut un village qui comportait un certain nombre de maisons. Il fut détruit pendant la guerre de Cent Ans. Les habitants, comme ceux des communes voisines Limours, Fontenay - sauf Briis dont le château placé sur une hauteur put résister - durent fuir devant l'envahisseur anglais et le terrible général Knoles. Un château-fort, celui du Coudray, près de Courson fut même incendié avec tous ses habitants puis rasé. Le village ne retrouva plus la prospérité d'avant la guerre.

Vers le milieu du XVllle siècle, il n'y restait plus qu'une seule maison sans chapelle.

Le souterrain

Les habitants de la région affirmant que les Caves du Plessis-Saint-Thibaud (que les vulgaires nomment pompeusement "Le souterrain") correspondaient avec le Château-fort de Bruyères, notre défunt ami Maître Léon Collet (1878-1944), avocat à la Cour d'Appel de Paris, enfant de Bruyères, voulut s'en informer. Peu de temps avant 1914, aidé de quelques amis, il pratiqua à droite de la cave et parallèlement à cette dernière, une galerie allant jusque derrière le mur formant fond et constata que celle-ci ne s'était jamais prolongée au-delà. Encore une légende qui s'écroulait.

Les Seigneurs du Plessis

Les archives communales de Bruyères font état de divers habitants du lieu :

1639 - En 1639, accord entre Claude Jacquet, concierge de l'hôtel du Plessis (paroisse de Bruyères) d'une part et Thomas Goyer, notaire royal à Cheptainville, d'autre part. (Arch. de S.-et-O., E 4851 liasse).
1678-1700 - Henry de Rousselet sieur du Plessis-St-Thibaud (nouvelle appellation) et Louise Gaillard, sa femme.
1708 - Élisabeth Saunier demeurant au Plessis-Saint-Thibaud. (RD).
1725 - Charlotte Rousselet, veuve de Charles Després demeurant au Plessis-St-Thibaud. (RD).
1748 - François Boulogne, garde-chasse demeurant au Plessis-St-Thibaud.
1793 - Marie-Claude Popot, veuve de Charles Charpentier, vivant garde-forestier, demeurant au Plessis-St-Thibaud.
1661 - (18 juin) inhumation dans l'église de Bruyères de noble homme Henry du Rousselet, seigneur du Plessis-St-Thibaud, âgé d'environ 58 ans. (Arch. communales).
1677 - Le vingt et uniesme jour du moys de nov. mil six cent soixante et dix-sept a été baptisé en la chapelle de St Thibaud du Plessis par dispense de Monseigneur Evesque de Paris Angélique du Rousselet, fille de noble homme Henry du Rousselet (2e du nom) escuyer de ce lieu du Plessis et de Damoiselle Louïse Gaillard, sa femme, etc.
1678 - Décès d'Angélique du Rousselet, âgée de quelques mois (15-1-1878).
1696 - Charlotte du Rousselet, demeurant au Plessys.
1699 - Inhumation de Damoiselle Louise du Rousselet, fille des défunts Henry du Rousselet, escuyer, seigneur du Plessis et Dame Angélique Catherine Rousseau, son épouse.
1700 - Charlotte du Rousselet, fille des défunts H. du Rousselet et de Angélique Rousseau.
1702 - Noël Gilbert, domestique, demeurant au Plessis-Saint-Thibault.

 1409 : un Seigneur d'Ollainville décapité

Jehan de Montagu, chambellan du roy Charles VI, Vidame du Laonnois, Grand Maître de France et Surintendant des finances, seigneur de Marcoussis, Ollainville, Mauchamps, Villeconin, etc. fonda de 1404 à 1406 et édifia le Couvent des Célestins de Marcoussis. Prévenu de prévarication il fut arrêté le 7 oct. 1409 et eut la tête tranchée aux Halles de Paris, le 18 du même mois et son corps porté au gibet de Montfaucon. Son fils fit réhabiliter sa mémoire trois ans après, le 28 septembre 1412, il fut alors inhumé solennellement dans le couvent de Marcoussis qu'il avait fondé.


(1) En droit féodal on appelait aveu toute reconnaissance des droits d'un seigneur.
(2) Recueil de titres relatifs aux droits temporels d'un monastère, d'une église.
(3) État, inventaire des biens ecclésiastiques.
(4) La dîme de blé à Bruyères.



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Source :
Pages d'histoire à Ollainville "Un village de l'Essonne à travers les siècles" par Georges SOLOVIEFF, avec son aimable autorisation.
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