Révol

La Révolution à Ollainville


1792 : Naissance d'une Commune

Avant la Révolution, Ollainville qui était hameau de Bruyères-le-Châtel faisait partie, comme ce dernier village, de la généralité de Paris, élection de Paris. Nous voyons dans l'histoire du diocèse de Paris par l'abbé Lebœuf qu'en 1709 Olinville a près de 80 feux et qu'il y avait un rôle particulier pour les tailles (1757). Le même texte présente alors ainsi le hameau d'Ollainville.

"De tous les hameaux de Bruyères, le plus remarquable est celui qui se trouve entre Châtres (Arpajon) et Bruyères, à moitié chemin sur la hauteur".

Survint la Révolution et ses bouleversements

En 1792 Ollainville fut élevée à la dignité de commune avec les hameaux de La Roche, de Baillot, et de Trou (1) tous détachés de Bruyères-le-Châtel.

Pour le spirituel Ollainville est restée liée à sa voisine et aujourd'hui encore se trouve rattachée à la paroisse de Bruyères-le-Châtel.

Jusqu'en 1792 l'histoire d'Ollainville se recoupe donc avec celle de Bruyères-le-Châtel.

1793 : Premiers registres d'Etat-Civil

Les registres de l'Etat-civil d'Ollainville ne datent que de l'année 1793. Voici la formule qu'employait Jean-Jacques Descartes pour rédiger les actes :

"Aujourd'hui dix-huitième jour du mois de Nivose L'an deuxième de la République Françoise une et indivisible à neuf heures du matin pardevant moi Jean-Jacques Descartes, Officier public de la Commune d'Ollainville élu le quatre novembre 1792 pour dresser les actes, etc., etc. .."

1795 : La révolte des femmes

Les années révolutionnaires furent marquées par des épisodes marquants, au premier rang desquels, il faut noter la révolte des femmes en 1795.
La guerre civile, les désordres divers, la défense contre les armées coalisées avaient appauvri la nation. La misère allait toujours en grandissant, on était obligé de faire des réquisitions d'ouvriers pour les travaux des champs, la famine était presque à l'état permanent. En 1795, sur 676 habitants on évaluait à 267 le nombre des personnes qui manquaient complètement de vivres.

Pour suppléer à l'insuffisance des ressources on nomma une commission de substance chargée de vérifier les déclarations des citoyens relatives aux récoltes et aux besoins de leur consommation.

Voici une petite anecdote qui montre la situation dans laquelle on se trouvait :

  • Au mois de mars 1795 une voiture contenant 6 sacs de farine conduite au marché de Francval (Arpajon) fut arrêtée par des femmes et ramenée à Bruyères. D'après l'avis du district de Corbeil, un arrêté fut pris ordonnant de la conduire au prochain marché. La semaine suivante la municipalité ayant à sa tête le maire ceint de son écharpe fit reconduire cette farine, mais en arrivant près d'Ollainville on se trouva en présence d'une trentaine de femmes qui arrêtèrent la voiture et détournèrent les chevaux. Les commissaires lurent l'arrêté municipal et les invitèrent à les laisser passer. Mais les femmes répondirent : "Nous respectons beaucoup la Loi et la Municipalité, mais la Loi ne nous défend pas de manger, nous manquons de vivres et ne pouvant nous en procurer dans les marchés, nous ne souffrirons pas que la farine passât outre. On fera de nous ce qu'on voudra, mais il nous faut du pain".

La Garde Nationale

Des documents relatent l'organisation de la Garde Nationale pour la commune d'Ollainville.

"Ce jourd'huy vingt et un germinal an IVe de la R.F. une et indivisible. En vertu de la loy du 28 germinal an Ille la République relative à l'organisation de la Garde Nationale pour la Commune d'Ollainville il a été par Assemblée Générale annoncé au son de la caisse la veille et tenue au lieu de la séance et à l'unanimité des suffrages des voix, nommé ce qui suit :

Premièrement pour capitaine :
Jérôme Piffret

pour lieutenant :
Spire Treille, de la Roche

pour sous-lieutenant :
Nicolas Descartes et Pierre Gaudron

pour sergent :
le fils Broc
Alexandre Gillet
Aubin Legendre, de la Roche
Monté, de la Roche

pour caporal :
François Navière
Claude Turquis
Claude Rougeaux, maréchal
Pierre Tellier
Rougeaux, de la Roche
Jacques Bouilly
Piffret

et pour tambour :
Antoine Favereau, fils
Jérôme Rougeaux, fils


L'Assemblée a signé, et au nombre de onze qui ont déclaré ne savoir signer;"

"Ce jourd'huy dix-huit floréal an cinq de la République une et indivisible en vertue de la loy du vingt-huit germinal an trois de la République relative à l'organisation de la Garde Nationale pour la Commune d'Ollainville, il a été annoncé par moy agent municipal à tous les Citoyens de cette commune de se trouver à leur indiquées par la cloche la vérité en tenue au lieu de ses séance ordinaire et à l'unanimité des suffrages des voix il a été nommé ce quy suit :

Premièrement pour capitaine :
Étienne Cailleau

pour lieutenant :
François Rougeau

pour sous-lieutenant :
Jean-Baptiste Danger

pour sergent :
Antoine Navière
Jacques Descartes, fils
Jacques Dupont
Edme Coulard

pour caporal :
Jean-Baptiste Gaumoux
Clément Boilleau
Michel Courtin
Claude Imbault
Jean-Baptiste Labé
André Dautier
Didier Descartes
Claude Le Sard


L'assemblée a signé au nombre de dix qui n'ont pas signé (sic)".

Le 4 juin 1793, Joseph Henry d'Ollainville, se qualifie Garde de la Nation - plus loin il se dit garde national de la propriété d'Ollainville. (Arch. d'Ollainville)

33 jeunes gens de la Commune s'enrôlent sous les drapeaux en 1793 et années suivantes.
Trois sont morts aux armées en 1793.

Un baptême civil

Avec l'époque révolutionnaire les citoyens d'Ollainville découvrent le baptême civil :

"L'An II de la République Française, une et indivisible le 16 ventose à midi est comparu le Citoyen Jacques Rochefort, maçon en ce lieu de Bruyères, lequel a déclaré que de son mariage avec Marie Poulain il est né ce jour à dix heures une fille qui a été nommée Constance-Unité-Liberté. Ce fait en présence du Citoyen Louis François Moynet (ancien curé défroqué), secrétaire de la Société populaire en ce lieu de Bruyères-Libre et de la citoyenne Jeanne, Antoinette Champin, femme divorcée du citoyen Mohault, domicilié dans la commune de Ville-d'Avray, district de Versailles.

Le dit-enfant a été porté décadi vingt ventose sur la demande des citoyens parrain et marraine à l'autel de la Patrie, où, en présence des citoyens de Bruyères et d'Ollainville, communes assemblées pour célébrer la Fête civique de la Raison et des Martyrs de la Liberté au bruit des tambours au son des instruments, aux cris mille fois répétés de Vive la République ! il a été confirmé dans son nom de Constance-Unité-Liberté, etc.
(Arch. Communales de Bruyères) (R.D.)

1790 : Le château l'a échappé belle

La gazette universelle (1790 n°1354) relate cet épisode de la Révolution à Ollainville.
"Olinville ou Ollainville - hameau très agréable de Bruyères-le-Châtel à la 5e poste de Paris, proche d'Arpajon, avec un ancien château au milieu de bons fossés remplis d'eau. II appartient à M. de Castries, et a été près d'être saccagé en novembre 1790.
25 à 30 personnes s'y rendirent pour le dévaster. La Garde Nationale de Bourg-la-Reine est parvenue à les calmer, et à leur faire rebrousser chemin. Elle leur a représenté que les municipalités voisines étant prévenues, elles ne souffriroient point qu'on insultât Olinville, que d'ailleurs le château seroit défendu par les gendarmes, auxquels M. de Castries a donné retraite et qui l'habitent. Cette dernière considération parut d'un si grand poids à cette troupe, qu'elle se dispersa sur le champ, pour rentrer dans Paris par des barrières différentes."

Autres faits

Les aristocrates sont alors souvent contraints à l'émigration. Comme beaucoup de seigneurs qui ne durent leur salut qu'en s'enfuyant à l'étranger, le Marquis de Castres seigneur d'Ollainville et Bruyères-le-Châtel doit s'exiler. Moins chanceux le Marquis d'Arpajon, Philippe de Noaïlles est guillotiné en 1794. Les archives communales mentionnent le décès de Mr. Bastide le 6 thermidor de l'an XIII en son château d'Ollainville.

Les registres d'état-civil ouverts en 1792 permettent de noter l'apparition de prénoms "républicains" pour baptiser certains enfants d'Ollainville. Ainsi on relève :

Mathurin, Alexandre, Égalité, l'an II de la R.F., Greffin, Jean-Bapt., Michel, Unité, l'an II de la R.F., Broust, Vincent, Raison, l'an II de la R.F., Maignière, Antoine, Victoire, l'an II de la R.F., Duperray, François, Égalité, 1793, Duteil, Catherine, Floréal, 1794, Legendre, Alexis, Unité, 1794, 8 Germinal An II Louis, Unité Delange (28 mars 1794), 8 Germinal An III François, Légalité Barré (25 oct. 1794), 19 Frimaire An VII Anne, Flore Rochon (9 déc. 1798).

Un mort aux armées est recensé en 1793.
Durand, Jean-Baptiste, 32 ans, volontaire au 8e Bat. de Seine-et-Oise, Compagnie Leclerc est mort à l'hôpital de Neuf-Brisach le 11 février (l'an II de la R.F., 1793).


(1) Sur le plateau de Couard près de Marcoussis.



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Source :
Pages d'histoire à Ollainville "Un village de l'Essonne à travers les siècles" par Georges SOLOVIEFF, avec son aimable autorisation.
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